le pont du Bosphore
 

la Mer Noire
 
 
Pour cette dernière journée, Yalim a prévu une croisière sur le Bosphore. Nous nous sommes levés avec le soleil et avons embarqué à Eminönü tôt dans la matinée. Yalim me fait prendre place à l’arrière du bateau afin de profiter au mieux de la vue sur les deux rives.
Dans un premier temps, le bateau longe la côte asiatique et offre une perspective sur le Palais de Beylerbeyi d’architecture mi-rococo, mi-orientale. Mon ami estime que l’étape n’est pas essentielle et nous continuons notre croisière jusqu’à apercevoir le pont du Bosphore qui relie l’Europe et l’Asie depuis 1973. Un peu plus loin, nous approchons Cengelköy. C’est ici que Soliman séjourna pendant trois ans, caché dans une tour, alors que son père Selim 1er avait ordonné sa mise à mort. Quand Soliman devint sultan à son tour, il fit remplacer la tour par un splendide jardin. 
Sur la rive européenne cette fois, nous pouvons apercevoir la ville de Bebek, construite sur l’emplacement de l’ancienne Chellae où était érigé un temple dédié à Artémis.
De nombreux palais de bois et de planches décorent les rives du Bosphore. J’écoute attentivement les commentaires de Yalim à propos de ces Yalis qu’évoquait notamment Théophile Gautier dans son roman Voyage à Constantinople.
 
Alors qu’arrive l’heure de déjeuner, nous faisons notre première escale sur la côte asiatique, dans la ville de Kanlica. C’est ici même que j'allais enfin goûter les fameux yaourts turcs appelés Ayran. Pendant le repas, Yalim me raconte l’histoire du Bosphore, signifiant littéralement « le gué de la vache », qui doit son nom à une maîtresse de Zeus qu’il transforma en génisse afin d’échapper aux foudres d’Héra. 
Quelques heures plus tard, le bateau nous conduit de l’autre côté de la rive, à la station estivale de Tarabya. Mon ami m’explique que la signification de ce nom est controversée par différentes légendes, les unes l’appelant la ville de la guérison, les autres le poison, en allusion au poison que Médée, à la recherche de Jason, aurait versé sur le rivage. 
Nous arrivons enfin à l’embouchure du détroit donnant sur la Mer Noire. Yalim me fait remarquer la présence d’amas rocheux qu’on appelle les Symplégades, en référence à la conquête de la Toison d’Or. La légende raconte qu’ils étaient infranchissables et mobiles. Pour faire face à cet obstacle, Jason envoya une colombe que les argonautes suivirent de près afin de profiter de la réouverture de l’embouchure. Seule la poupe du navire subit quelques dommages et c’est depuis cet épisode que les marins purent voguer sans péril du Bosphore à la Mer Noire.  
À son terminus, le bateau nous dépose au village de Anadolu Kavagi, depuis le sommet duquel la vue sur le Bosphore et la Mer Noire est admirable.
Il est temps de faire le trajet retour, malheureusement mon avion s’envole dans la soirée. J’embarque vers 21h alors que la nuit tombe sur Istanbul. La tête pleine d’histoires fabuleuses, je suis « heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage ».