Sainte Sophie

mosaïque de la Deisis

plaques de bois calligraphiées


Palais de Topkapi


Le café Pierre Loti

 
 
Yalim me réveille vers 10h. Une heure plus tard, nous sautons dans le tramway en direction de Sainte Sophie (Agia Sophia).
Sur la route, je demande à mon ami de me raconter l’histoire de la basilique. Selon ses propres mots, « la merveille des merveilles », la « gloire de l’Empire byzantin » est un bijou architectural comme seul Istanbul peut en posséder. En excellant conteur d’histoire, il me retrace l’épopée du bâtiment. C’est en 325 que Constantin entreprit la construction de la première basilique consacrée à la Sagesse Divine sur un emplacement autrefois réservé à des temples païens. Agrandi par son fils quelques années plus tard, elle devient l’église épiscopale de Constantinople. Brûlée et reconstruite au siècle suivant, elle prend la forme que nous connaissons aujourd’hui sous le règne de Justinien. La légende raconte même qu’un ange aurait envoyé à l’empereur les plans de l’édifice ainsi que l’argent nécessaire à sa construction qui allait employer les matériaux les plus précieux de l’Empire. Je revois encore mon ami, emporté par son histoire, s’écrier dans la rame du tramway : « Gloire à Dieu qui m’a jugé digne d’accomplir cet ouvrage, je t’ai vaincu ô Salomon ! », qui avait été les mots prononcés par Justinien le jour de son inauguration en 537.
Pendant que nous descendons à la station la plus proche et que nous gagnons l’entrée de la basilique, Yalim poursuit son exposé et m’explique qu’elle fut transformée en Mosquée le soir même de la prise de Constantinople, en 1453. Elle subit depuis de nombreuses restaurations dont la plus importante, en 1847, fut confiée à l’architecte Fossati.
Une fois sur place, nous fuyons la visite guidée et Yalim m’entraîne directement à l’intérieur du bâtiment. Il me pointe du doigt les nombreuses colonnes dont la basilique est dotée et m’explique qu’on en dénombre 107, chiffre mystique attribué au soutien de la maison de la sagesse. La spécificité de Sainte Sophie réside notamment dans sa décoration et ses nombreuses mosaïques. Mon ami me fait remarquer l’une d’entre elles, proche du minbar, qui marque l’emplacement supposé de l’omphalos, le centre du monde, où se dressait le trône de l’empereur byzantin lors de la cérémonie du couronnement. Nous traversons la nef et nous nous arrêtons devant la colonne suante de Saint Grégoire, qui, selon la légende, aurait de miraculeux pouvoirs curatifs. Au gré de notre balade, Yalim me décode les nombreux symboles qui peuplent ces murs. A l’étage supérieur, nous observons longuement la mosaïque de la Deisis montrant le Christ Pantocrator – Tout Puissant – en compagnie de la Vierge et de Saint Jean Baptiste.
Alors que nous sommes sur le point de quitter l’édifice, mon ami me conduit au centre de la nef. Il me montre alors les huit grandes plaques de bois calligraphiées – des levhas selon le terme exact – décorant l’enceinte sacrée au niveau de la tribune. Il m’explique qu’elles portent les noms d’Allah, de Mahomet, des quatre premiers califes : Abu Bakr, Umar, Othman (le fondateur de la dynastie ottoman), et Ali, ainsi que les noms de deux petits-fils du Prophète.
Après une halte pour déjeuner, nous poursuivons notre balade en direction de la pointe du Sérail et du palais de Topkapi.
Malheureusement, nous manquons de temps pour découvrir l’endroit en intégralité. Mon ami me propose alors de focaliser la visite sur le harem et le trésor.
Résidence des concubines du sultan, le harem se présente comme un dédale de corridors, de cours et d’appartements luxueux. Yalim me raconte que cet espace sacré était gardé par des eunuques noirs et que seuls le souverain et ses fils étaient autorisés à y entrer. Il pouvait comporter jusqu’à mille femmes dont l’ambition était de devenir la favorite du sultan et de donner ainsi naissance à un héritier.
Nous passons ensuite devant la cage où étaient enfermés à vie les frères du Sultan afin de contrer tout conflit de succession ou tout complot éventuel. Yalim me précise que cette mesure avait remplacé l’ancienne loi du fratricide qui autorisait les souverains à tuer ses frères cadets et qui fut en vigueur jusqu’au 16e siècle.
Nous pénétrons ensuite dans les salles du Trésor où se côtoient les plus beaux bijoux et objets précieux qui appartenaient à la famille du Sultan. Alors que je suis en admiration devant tant de richesse, Yalim me presse un peu le pas. Il souhaite en effet me faire passer quelques heures au hammam avant de découvrir une toute autre curiosité : la gare de Sirkeci.
Enchanté par mes ablutions, c’est avec un regain d’énergie que je suis Yalim jusqu’à la gare. Ce magnifique bâtiment inauguré en 1890 servait de terminus au luxueux Orient Express qui assurait la liaison entre Paris et Istanbul. Pour la première fois depuis mon arrivée, je peux faire profiter mon ami de mes connaissances littéraires. L’hôtel Pera Palas, qui accueillaient généralement les passagers du train, inspira en effet le célébrissime roman d’Agatha Christie, "Le meurtre de l’Orient Express".

Il est 19h quand nous quittons la gare et mon ami m’invite à dîner dans un autre endroit mythique pour un amoureux de littérature comme moi : le café Pierre Loti. Incollable sur le sujet, je savais qu’il avait eu une relation avec une femme turque qui devint le centre de son roman Aziyadé.

Nous nous couchons tôt après cette petite escapade littéraire. Ma dernière journée allait encore me réserver bien des découvertes.